LA FALSIFICATION DU PASSÉ. LA RÉÉCRITURE DE L’HISTOIRE PAR L’IDÉOLOGIE NAZIE

 

De 1933 à 1945, les nazis se sont livrés à une réécriture du passé de l’Europe, depuis les origines de l’occupation humaine. Grâce à la mise en œuvre d’une nouvelle archéologie « raciale », il s’agissait de montrer que le continent européen avait été colonisé dès la Préhistoire par des peuples germaniques de « race aryenne ». Patronnées par Rosenberg et Himmler, ces recherches servaient les objectifs de la politique raciale du IIIe Reich. Bénéficiant de moyens sans précédents, les archéologues travaillant pour le régime montraient que les territoires de « colonisation germanique ancestrale » s’étendaient très largement à l’est et à l’ouest de l’Allemagne, en particulier comme en France. Ils apportaient ainsi une caution scientifique en apparence irréfutable aux projets de réorganisation du peuplement européen que projetaient les planificateurs nazis. « Science raciale » par excellence, l’archéologie devenait une arme au service de la guerre d’anéantissement et d’extermination menée par le régime nazi. Pour l’essentiel, les chercheurs qui s’étaient mis au service de cette entreprise continuèrent brillamment leur carrière après 1945. Si l’exploitation « raciale » des données de l’archéologie n’était désormais plus de mise, les méthodes innovantes développées par l’archéologie nazie se sont largement transmises après-guerre, exposant la recherche européenne à une contamination sans précédent.