LA GUERRE DU LIBAN (1975 - 1990) : MÉMOIRE, SOCIÉTÉ, RÉCIT

 

LA GUERRE DU LIBAN (1975 - 1990) : MÉMOIRE, SOCIÉTÉ, RÉCIT
De 11h à 12h - Salle Capitulaire, Conseil général
Communication proposée par les Presses Universitaires de Rennes à l’occasion de la publication de l’ouvrage d’Aïda Kanafani-Zahar Le récit de mémoire [Liban, guerre 1975-1990] : le corps, la maison, la terre.
Intervenante : ÄIDA KANAFANI - ZAHAR, chargée de recherche au CNRS, Collège de France
Comment les autorités libanaises ont-elles géré le lendemain de la guerre civile [1975-1990] ? Amnistie générale « selon des conditions spécifiques », absence d’une commission nationale indépendante sur la question des disparus, mise en avant de « l’effacement des séquelles » dans la réconciliation du Mont Liban sud instituée dans les régions druzo-chrétiennes théâtre de massacres et de déplacement forcé, constituent quelques dimensions de cette gestion. La réconciliation du Mont Liban n’est pas le fruit d’une « Commission de vérité et de réconciliation » comme ce fut le cas dans certains pays sortis de guerre. Cet organisme non judiciaire a pour objectif de faire la lumière sur les violations des droits de l’homme ainsi que des propositions pour que celles-ci ne se reproduisent pas. La réconciliation du Mont Liban est en revanche un processus de pacification et d’indemnisation qui a neutralisé les velléités de vengeance permettant ainsi aux déplacés de revenir dans leurs localités.
Face à ce qu’il est possible d’appeler « l’oubli officiel », une culture civile de la mémoire s’est déployée. Des acteurs civils recourent à la mémoire de la guerre dans le but d’éviter la récidive appliquant en cela la sagesse populaire transmise par l’adage « Que [la guerre] soit rappelée mais non répétée ! » De la vaste question de la culture civile de la mémoire ne seront abordés que la revendication de vérité sur les disparus et la mobilisation civile contre la violence entre 2007 et 2008. Pendant cette période, des affrontements meurtriers ont opposé les militants des deux coalitions dites du 8 et du 14 mars constituées après l’assassinat du premier ministre Rafic Hariri le 14 février 2005. La crainte que ces affrontements ne dégénèrent en guerre civile était d’autant plus réelle que des comportements typiques de la guerre de 1975 ont réapparu - snipers à l’œuvre sur les toits, « barrages volants » contrôlant les cartes d’identité, batailles de rue.
Quel lien les victimes des violences - celles qui souffrent dans leur être suite à la perte d’un proche et qui ont été atteintes dans leur liberté et leur dignité, entretiennent-elles avec la parole de mémoire ? Recueillis entre 2000 et 2004 dans trois villages du Mont Liban sud, des récits disent les corps meurtris, disparus, humiliés, enfermés. Ils disent aussi les maisons quittées, détruites ainsi que l’amour brut et innocent de la terre, référence centrale de l’identité des villageois. Le récit de mémoire, matière humaine de premier plan, s’est avéré un genre de réflexion à part entière ainsi qu’un instrument du présent et un acte politique : réclamer une société pacifiée, revendiquer une nation intégrée qui transcende les particularismes et dénoncer l’incurie des autorités publiques en matière d’aides pour retravailler la terre.