Publié le 09/03/2017

Eurêka avec Antonella Romano

Présentation du thème

« Alors Archimède, comme il avait le souci de cette affaire, alla par hasard aux bains, et là, comme il entrait dans sa baignoire, il s’aperçut que le volume de son corps qui y était plongé était égal au volume d’eau qui s’en écoulait. Ce phénomène lui montra comment expliquer l’affaire et, sans s’attarder, il sauta de la baignoire, poussé par la joie, et, allant nu chez lui, il faisait entendre à tous en criant qu’il avait trouvé ce qu’il cherchait. En courant il criait sans cesse en grec : EURÊKA, EURÊKA ! ». Cet extrait du Traité de l’architecture de Vitruve (15 av. JC) est la seule source écrite d’un événement survenu deux siècles plus tôt. Il rend compte de ce qui restera pour les siècles futurs et jusqu’à nos jours, l’incarnation, l’archétype de la découverte. Il constitue la première mise en récit, dans l’histoire occidentale, de la rupture dans l’ordre des savoirs que promet et promeut celle-ci. Il faudra d’autres histoires, d’autres écrits, d’autres acteurs, pour que de la découverte, on passe à des thèmes qui y sont aujourd’hui presque systématiquement associés, celui de l’invention, ou celui de l’innovation. Chacun de ces trois termes s’inscrit dans un champ sémantique distinct, dans une histoire différente des mots et de ses usages, dans une forme propre d’héroïsation et de valorisation individuelle. Mais faut-il les prendre au mot ?

C’est d’abord autour de questions que les Rencontres de Blois se dérouleront : « Qu’est-ce qu’inventer en histoire ? », « La révolution scientifique est-elle un mythe ? », « Une découverte est-elle nécessairement occidentale ? », « Est-ce qu’on découvre l’inconscient ? », « Les révolutions industrielles ont-elles existé ? »

Elles aborderont ensuite certains des grands thèmes qui se trouvent au cœur de notre histoire comme de notre actualité : la connaissance de la terre, les relations entre sciences et religions, les formes de mises en scène de la science, les défis que pose le climat à l’histoire, mais aussi ceux que pose le corps ou l’exploration du cerveau à la science.

Elles dresseront enfin un état des problèmes : la question des rejets, des refus, des risques traverse les Rencontres autour du binôme science et guerre, ou de celui innovation et tradition, et plus généralement autour de la réflexion sur toutes les formes historiques de domination associées à la technique ou à la science.

Ce n’est donc pas un optimisme béat qui fait coïncider le vingtième anniversaire des Rendez-vous de l’histoire avec le thème de l’invention, de l’innovation ou de la découverte, et encore moins, l’adhésion aux discours dominants sur les sociétés de l’innovation. En réunissant des spécialistes venus d’horizons différents et en les invitant à dialoguer avec un large ensemble de professionnels, de citoyens, de scientifiques, d’étudiants, Blois 2017 entend se consacrer à l’analyse approfondie et contrastée de l’un des plus puissants mythes fondateurs de la culture occidentale moderne : celui du progrès qu’incarnent invention et innovation scientifique, motif des craintes comme de l’enthousiasme qui nourrissent également la recherche.

 

Antonella Romano, directrice d’études à l’EHESS et membre spécialiste du Conseil scientifique des Rendez-vous de l’histoire 2017