Publié le 14/09/2017

Patrick Boucheron présente le programme PAUSE

Accueillir des scientifiques en exil

 

Des spectres hantent l’Europe. Tel est le titre d’un magnifique film sur la vie des migrants dans le camp grec de Idomeni. On y entend la voix de l’écrivaine Niki Giannari, comme un appel : « Ils passent et ils nous pensent ». Nul doute qu’aujourd’hui, pour l’Europe et pour la France en particulier, la question des réfugiés est devenue le dossier critique, comme une mise à l’épreuve où se joue notre avenir. Ce sont eux qui passent — Passer quoi qu’il en coûte. « Peu importe le pays, pourvu que ce soit un Etat de droit », commente Georges Didi-Huberman — mais c’est nous qu’ils pensent.

Les historiennes et les historiens le savent bien, qui ont l’année dernière, lors des derniers Rendez-vous de Blois, parlé d’exils, d’exodes et de refuges. « Partir », c’était hier ; « Eureka » aujourd’hui. Mais l’histoire des sciences ne nous éloigne pas des urgences du présent. Cette actualité peut être l’occasion de rappeler l’importance et la nécessité du Programme national d’aide à l’Accueil en Urgence des Scientifiques en Exil (PAUSE). Hébergé au Collège de France, il fut officiellement annoncé il y a un an exactement, lors du colloque de rentrée consacré à Migrations, réfugiés, exil (dont les actes paraissent dans quelques jours), et installé en janvier 2017 à l’occasion de la signature d’une convention entre le ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et la Chancellerie des universités de Paris. Il réunit les grandes institutions de la communauté de l’enseignement supérieur et de la recherche ainsi que le ministère de l’Intérieur et celui de l’Europe et des Affaires étrangères. Ce programme accorde des financements incitatifs aux établissements d’enseignement supérieur et aux organismes de recherche publics projetant d’accueillir des scientifiques en situation d’urgence et les accompagne dans leurs démarches.

Depuis janvier 2017, la dotation publique initiale a permis d’accueillir 63 scientifiques dans 50 établissements, chercheurs confirmés, doctorants et post-doctorants, sciences humaines et sociales et sciences exactes, hommes et femmes à parité. L’objectif est de permettre, dès 2017, l’accueil de 100 scientifiques par an. La troisième vague de candidatures est lancée, mais le programme PAUSE fait aujourd’hui appel au mécénat des grands donateurs et à la générosité publique, avec l’aide de la Fondation de France, pour pérenniser son financement. Il a aussi, et peut-être surtout, besoin de notoriété, et notamment parmi les universitaires qui peuvent nous aider à sensibiliser leurs institutions à cette cause. Je vous invite donc, si vous le souhaitez, à venir visiter son site (http://www.college-de-france.fr/site/programme-pause/index.htm) et à nous apporter votre soutien si vous le souhaitez. D’avance, merci

Patrick Boucheron