Edition 2018, La puissance des images
Cartes blanches Demi-journée d'étude
Publié le 28/08/2018
Samedi 13 oct. 2018 de 9:00 à 13:00 Conseil départemental, Salle du Bourg Neuf

Justice : séduction et peur des images

Carte blanche à l'Association Française pour l'Histoire de la Justice (AFHJ)

Depuis le Moyen Âge, les images de la justice fascinent l’opinion, qu’il s’agisse de la représentation du crime comme du châtiment. Quelle image de la Justice en ressort ?

Tout d’abord, les supports :

Du Moyen Âge à l’époque moderne, ce sont des sculptures, des miniatures, puis des tableaux, essentiellement focalisés sur les supplices subis par les saints et le Christ. Ces représentations, terribles, sont destinées à montrer l’iniquité des juges par opposition à l’innocence des coupables. Il ne faut pas prendre ces images pour un descriptif de la réalité, mais comme un enseignement moral et religieux. Le tout est ordonné en vue du Jugement dernier et de la dichotomie Paradis/Enfer. À partir du XIXe siècle, les changements sont considérables : dessinateurs, graveurs, peintres, caricaturistes ont donné à voir,  chacun à leur manière, des scènes d’exécution. Sous leurs pinceaux, leurs ciseaux ou leurs crayons, le châtiment extrême suscite souvent un  rire de dénonciation destiné à un public plus ou moins vaste. Il s’agit parfois aussi d’assurer la promotion de la guillotine ou de la chaise électrique. Partisans de la peine de mort comme abolitionnistes ont contribué à un imaginaire de la peur.

Pas n’importe quel crime et pas n’importe quel criminel :

Le crime ordinaire, est peu représenté, voire absent de l’image. Très vite prime le goût pour le morbide, l’extraordinaire. L’image accompagne plutôt un récit de crime monté en intrigue et devenu rapidement une « affaire ». Tout ne peut donc pas être montré. Ce sont ces différentes images, fixes et mobiles, analogiques et non analogiques qui réinventent le procès, qui déplaisent au censeur car elles dénoncent, plus rapidement et frontalement que le texte, que les descriptions littéraires, la théâtralisation de la justice, les jeux de rôles entre les acteurs du procès. L’image bien plus que le texte suscite l’inquiétude du censeur. L’histoire de l’affiche, de la BD et du cinéma offre de nombreux exemples de censure que celle-ci s’exerce dans un cadre légal, ou qu’elle s’effectue avant publication.

Quelle image de la justice en résulte ?

Les images qui sont données de la justice sont là pour montrer qu’elles dominent toujours. L’opinion publique retrouve par ce biais un rôle actif dans la justice, en même temps qu’elle satisfait son goût pour le fait divers. Pourtant, les choix que l’image donne à voir sont sélectifs. Les images éducatives, mémorielles, archives du futur, suscitent aussi l’inquiétude, car elles créent inévitablement à la fois un effet de réel, elles témoignent, et sur le réel : les gens de justice et l’accusé dans son box, qui se savent photographiés ou filmés, sont en représentation..., les débats n'ont pas la même teneur. Ces images sont toutes différentes, ne s’adressent pas aux mêmes publics, n’ont ni les mêmes tirages ni les mêmes objectifs mais toutes, au final sont là pour renforcer les normes, pour faire peur.

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